Russell Westbrook a annoncé sa retraite mercredi, après dix-huit saisons et sept franchises. Il laissera de nombreux records et highlights en mémoire, mais aussi 209 triple-doubles en saison régulière, un record. Et notamment une saison d’extra-terrestre, lors de l’exercice 2016-17, où The Brodie atteindra un niveau dantesque. Mais revenons un peu en arrière…
À l’été 2016, KD quitte Oklahoma pour Golden State, histoire de rejoindre l’équipe qui venait de gagner la bagatelle de 73 matchs en saison régulière. De son côté, Westbrook reste à OKC, dans un effectif correct mais pas incroyable. Il répondra sur le terrain plutôt qu’en conférence de presse : Russ jouera 81 matchs… et en terminera 42 en triple-double. Du jamais-vu.
Un soir sur deux, pendant six mois
31,6 points, 10,7 rebonds et 10,4 passes de moyenne sur l’ensemble de la saison : personne n’avait tenu ça depuis Oscar Robertson en 1961-62, soit cinquante-cinq ans plus tôt.
Sauf que la moyenne aplatit tout, alors que le calendrier, lui, raconte quelque chose. Sur ses 81 matchs, Russ signe un triple-double un soir sur deux, avec deux séries de sept d’affilée : une première du 25 novembre au 9 décembre, une seconde du 22 mars au 4 avril. À ce rythme-là, le triple-double cesse d’être un exploit : il devient un horaire.

Le record d’Oscar Robertson, pulvérisé ? Voyons voir
Voilà pour la légende. Les chiffres, eux, racontent une histoire légèrement différente. On a beaucoup lu, à l’époque comme cette semaine, que Russ avait pulvérisé la marque du Big O. Il l’a battue… de un.
42 contre 41, donc. Sauf que Robertson avait disputé 79 matchs cette saison-là, contre 81 pour Westbrook : rapportées aux rencontres jouées, les deux performances tombent exactement au même endroit, 51,9 %. Autrement dit, le Big O n’a pas perdu son record sur le parquet, il l’a perdu au calendrier.
Robertson : 41 triple-doubles en 79 matchs. Westbrook : 42 en 81. Le record a changé de mains en volume, pas en fréquence.
La comparaison s’arrête à peu près là, et autant être honnête : la NBA de 1962, c’était un autre sport. On y tirait plus, on y ratait davantage, et les rebonds tombaient par paquets. Robertson en captait 12,5 par match ; Westbrook 10,7, mais dans un championnat où un meneur d’1,91 m qui va chercher le rebond défensif fait encore lever quelques sourcils.
Et il a recommencé. Trois fois
Le plus fou reste à venir. Il remet ça dès la saison suivante avec 25 triple-doubles, puis 34 en 2018-19, toujours à OKC. Rebelote une quatrième fois en 2020-21, sous le maillot des Wizards, avec 38 réalisations : le troisième meilleur total de l’histoire, derrière ses propres 42 et les 41 de Robertson. Quatre exercices bouclés en triple-double de moyenne, quand la ligue n’en comptait qu’un seul en soixante-dix ans d’existence.

Quatre saisons concentrent donc les deux tiers de son record, et le reste s’étale sur quatorze exercices. Une année pareille, on peut toujours la mettre sur le dos des circonstances, mais quatre, dans deux villes différentes, ça s’appelle une façon de jouer. Avec ce qu’elle coûte, aussi : 42,5 % de réussite au tir en 2016-17. Russ n’a jamais été un joueur économe, et il n’a jamais fait semblant de vouloir l’être.
209 contre 182 : Jokić se rapproche
Nikola Jokić est devenu le troisième joueur à tourner en triple-double sur une saison pleine, et il l’a fait deux fois de suite, en 2024-25 puis en 2025-26. Le 27 avril dernier, il a même rejoint Westbrook à 221 triple-doubles, playoffs compris.

En saison régulière, l’écart tient encore : 209 contre 182. Sauf que le Serbe a déjà doublé Oscar Robertson, qu’il en a signé 34 sur la seule saison 2024-25 et qu’il vient de fêter ses trente et un ans. Faites le calcul…
Il y a une forme de justice là-dedans : Westbrook aura passé sa carrière à courir après un joueur de 1962, à un rythme que personne ne pouvait suivre, avant de se faire doubler par un pivot serbe qui donne l’impression de jouer en marchant.
Le reste, lui, ne bougera plus : MVP 2017 devant James Harden, deux fois meilleur marqueur de la ligue, neuf sélections au Match des étoiles, champion olympique en 2012. Et quatre saisons entières passées au-dessus de dix points, dix rebonds et dix passes, signées par un joueur dont on aura passé une décennie à expliquer qu’il jouait mal.
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